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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 16:31
   C'était en mars 1968. Les organisations syndicales ouvrières et agricoles de l'Ouest avaient adopté un programme d'action qui, en plus de leurs revendications propres, réclamait "la mise sous responsabilité publique et gestion démocratique des secteurs clés de l'industrie, de la banque et des crédits d'investissements".
   Une véritable planification.
 
    Pour la faire connaître, il est prévu une journée régionale d'action le 8 mai. Dans tout l'ouest, on compte seize meetings rassemblant au moins 150 000 personnes. "Ce n'est pas la première fois qu'ouvriers et paysans manifestent ensemble, dit un responsable syndical agricole de l'ouest, mais c'est la première fois qu'ils le font dans toute la région. Demain, il faudra le faire dans la France entière".
   Le 10 mai a lieu à Paris la "nuit des barricades".
   Le 14 mai, Sud-Aviation est occupé. Le 21, 65 % des travailleurs du département sont en grève. Le 24 mai, une intersyndicale CGT, CFDT, FO et FEN, fonde un comité central de grève pour organiser certains services d'urgence (comme le ravitaillement). Il siège à la mairie de Nantes.
   Dès 4 heure du matin, le 25 mai, une centaine de syndicalistes sont au marché de gros pour y relever les prix, puis vont contrôler sur les marchés les prix de détail. Aux commerçants qui acceptent de respecter leur marge habituelle, il est apposé une affichette "commerce autorisé à ouvrir"; ils peuvent retirer des bons d'essence à la mairie. A quatre reprises, ces bons d'essence seront modifiés pour empêcher l'utilisation de faux.
   L'alliance des syndicats ouvriers et des organisations paysannes porte ses fruits lorsqu'il faut demander aux dockers en grève de libérer des stocks de soja à destination du bétail.
    Le 27 mai, plus de 30 000 personnes sont réunies pour faire un bilan des accords de Grenelle; augmentation importante du SMIG, reconnaissance de la section syndicale d'entreprise mais l'abolition des ordonnances sur la Sécu n'a pas été obtenue ! Le secrétaire général de l'union départementale CFDT appelle à poursuivre la remise en cause du capitalisme, du gaullisme, de l'exploitation de l'homme par l'homme.
   Le 28 mai, CGT et CFDT créent des comités
provisoires de gestion de la Caisse primaire de Sécurité sociale et de la Caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique. C'est un acte politique pour l'abrogation des ordonnances.
   A Sud-Aviation, le représentant FO déclare : "C'est à nous d'organiser à travers nos comités de grève la gestion de l'économie". Les éboueurs ont accepté, à la demande du comité central de grève et du maire, de réaliser un service restreint.
   Selon "Ouest-France", le grand poste de commandement de toute la vie économique est maintenant à l'hôtel de ville". Le quotidien, comme ses confrères "Presse-Océan" et "L'Eclair", est sous le contrôle de l'intersyndicale des journalistes et des ouvriers du livre dans le but d'assurer l'impartialité.
   A la fin mai, seize points de vente de produits alimentaires à prix coûtant sont mis en place dans les écoles, foyers ou maisons de jeunes.
   Grand rassemblement des salariés, paysans, étudiants à l'appel de tous les syndicats, le 31 mai. FO y réclame, en vain, l'extension des attributions du comité central de grève en préconisant la reprise partielle de certaines activités sous contrôle ouvrier. Mais ce comité n'a jamais été élu par les grévistes ; ce sont les syndicats qui y prennent les décisions importantes.
   Le 1er juin a lieu la contre-manifestation gaulliste au cri de "Oui aux revendications, (!) non à l'anarchie" (il y a eu évolution !!). L'évêque n'a pas rallié le préfet ; il déclare : "Nous ne pouvons pas accepter que soient utilisés des réflexes de peur et de panique qui cachent souvent un égoïsme individuel ou collectif".
   A partir du 4 juin, la reprise du travail est votée, souvent de justesse, sous la pression des consignes nationales.
   Les métallos, eux, continuent. Ils arracheront le 14 juin 13 % d'augmentation et une convention collective départementale.
   La plupart des seize points de vente directe de produits agricoles ferment le 20 juin. La tradition en restera longtemps vivante.

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Published by Pamphile - dans politique
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Spartacus 16/07/2009 19:33

Ca sentait bon l'espoir 40 ans et quelques poussières en arrière...
Aujourd'hui, ça sent le gaz !

Pamphile 18/07/2009 17:32


La "gauche de la gauche" semble s'unir. Pas fait encore mais ce serait un espoir surtout avec les licenciements qu'on nous promet à la rentrée.


Le Huron 16/07/2009 09:46

Le temps de l'Utopie!

Pamphile 18/07/2009 17:29


Pas du tout d'accord. S'il y avait eu en 1968, une alternative politique forte, le pouvoir tombait. Aujourd'hui, nous sommes, pour l'instant, dans la même situation. Hélas.


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