Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 15:19

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Les fabricants (c’est-à-dire les maîtres-ouvriers ) n’en peuvent plus.

Ils vendent à perte leurs étoffes, confectionnées de leurs propres mains et de celles de leurs compagnons et « apprentisses » qui sont eux-mêmes au bord de la famine. Rétribués moins de vingt sols par jour les compagnons n’arrivent plus à payer leur pain, au sens propre du mot : la livre de pain lyonnaise est à huit sous en 1786. Or, les salaires que leur versent les maîtres sont rigoureusement fixés par les autorités (les marchands, en l’espèce), puisque Lyon est devenu au fil des deux derniers siècles une sorte d’île du grand commerce des étoffes en France, gérée par ses patriciens nobles ou grand bourgeois, dont les énormes bénéfices viennent du décalage entre le plus bas prix possible qu’ils imposent à la façon, et les prix élevés de leurs ventes aux clients français ou étrangers.

 

« On vient d’esquisser l’immense tableau de la guerre perpétuellement déclarée aux maîtres-ouvriers par la classe des marchands » écrira un mémoire adressé au Roi en 1789. « La honteuse avarice, ou plutôt la cupidité de nombre de marchands de cette ville porte le désespoir dans l’âme des maîtres-ouvriers qui travaillent à façon. Ne pouvant pas se fournir la subsistance en travaillant jour et nuit, ils s’adressent aux juges-consuls. Mais ceux-ci sont marchands et rejettent leurs remontrances […] Les ouvriers prennent alors le parti de convenir entre eux que, pour vivre en travaillant, il ne faut ouvrer (sic) tels ou tels genres d’étoffes qu’aux prix qu’ils détermineront. »

 

Et Claude Manceron de commenter :

Un accord préalable entre travailleurs sur le prix de leur travail ? Il y a là de quoi ébranler les colonnes du temple.

Tant que l’ouvrier reste isolé, il demeure un animal domestique ; s’il s’unit aux autres, il acquiert une puissance dans le jeu économique. Jusqu’à présent (1786), cela n’est pas plus toléré en France que le blasphème.

 

Voilà à quoi rêvent Sarkozy et sa classe : pas revenir avant 1948 comme le suggérait Pierre Larrouturou mais en 1786… !!!

 

                                                                Source : Claude Manceron  "Les hommes de la Liberté"  IV° tome

Par Pamphile - Publié dans : politique - Communauté : resilience
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