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Je l'avais bien vu ce clampin sur le trottoir avec ce manche à
balai à la main; il semblait guetter la venue de quelqu'un loin derrière moi. Je pédalais sur la partie de chaussée dévolue aux vélos qui longeait le trottoir quand, arrivé à sa hauteur, il jette
brusquement son bout de bois à travers les rayons de ma roue avant ! On appelle cela un soleil, à la barre fixe; sauf qu'il n'y avait là plus rien de fixe...
Dans le couloir des urgences, je sentais gonfler mon visage, les lèvres surtout. Avec ma langue, je repérais les dents manquantes. Qu'est-ce que j'avais bien pu écrire dans mon blog
qui me valait cette saloperie barbouzarde ? Peut-être dans "Nucléaire : des fuites charmantes", j'écrivais : "C'est comme si les anciens Egyptiens nous avaient
légué des saletés de déchets nucléaires. Aujourd'hui, cinq mille ans plus tard, on n'aurait pas encore traversé la moitié de la période dangereuse... Merci Khéops !!"
Peut-être que ça n'a pas énormément plu ? Ou alors, ce serait dans "Monsieur Lobby de la Sainte auto" où je faisais dire au bonhomme précité : "Personne n'a le
droit de priver les bruits de la ville de celui du moteur à explosion". Cela aurait fait beaucoup de contrariés ? A ce moment, on vient me piquer pour soulager la douleur. Je
vois le plafond s'effacer...
Ce n'est pas que je sois paranoïaque, non vraiment. D'ailleurs, je n'avais pas remarqué de prime abord ce lascar qui se lavait les mains dans le lavabo des toilettes pour hommes. Je
sortais d'une cabine et n'aurais su dire s'il m'avait précédé. C'est son regard en coin, coulé vers moi, qui me fit dresser un sourcil. Et puis sa manche de veste était bien raide au niveau de
l'avant-bras. Pardi ! il en sortit une matraque avec laquelle il avait décidé de me rectifier le visage.
Sous les bandelettes, dans la chambre, je réfléchissais aux raisons que pouvaient avoir ces adeptes
de la tabassée. Certes, dans "Nos forts en bouche se surpasseraient-ils ?", je rappelais que le petit Président claironnait : "Une économie qui ne s'endette pas suffisamment,
c'est une économie qui ne croit pas à l'avenir" et il souhaitait "un pays de propriétaires"... à crédit ! Tout juste ce qui a provoqué la crise mahousse. Pour avoir tout
faux, il a tout faux ! Pareillement, dans "Quelques boniments à la graisse d'oie", le Président annonce : "Plus aucune publicité sur
les chaînes publiques". Point à la ligne. Sans aucune consultation, sans aucune négociation, sans aucune urgence si ce n'est la diminution du chiffre d'affaire des chaînes privées ; en premier
lieu, celle de son copain, le fils Bouygues, qui va profiter de plus de publicité. Cela nous remet en mémoire la série d'âneries entendues à propos de la privatisation de la Une.
Là, c'était la publicité, appuyant la direction privée donc mercantile, qui allait "apprendre aux télévisions la rigueur et l'impartialité", "entraîner un supplément de création"
et permettre "le mieux disant culturel". Vous pouvez rire, oui, c'est sûr... Rappeler ses turpitudes à la droite serait dangereux ? Je ferme douloureusement les paupières
et m'assoupis.
Pendant tout le transport vers l'hôpital dans l'ambulance des pompiers, je revoyais la chute de Fidel Castro quittant le podium : image télé spectaculaire ! Eh bien, j'ai fait la
même chose, j'ai raté une marche. J'espère que j'échapperai à l'appellation de "gueule cassée". Tout le reste n'est qu'élucubrations dues plus que probablement à une forte fièvre...
Ou alors, j'ai regardé trop longuement cette émission à la télé sur la Sibérie, sans cache-col ! D'où les éponges mitées, les poumons gelés, quoi !
Bref, je ne sais plus...